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Les sols sur terre plein en rénovation

mardi 6 septembre 2005

L’article suivant est extrait de la revue de l’association Tiez Breiz, n°13, parue en 1994, sous la plume de Hervé Even.

Il explique et démontre, de façon précise, comment la conception "moderne" de la dalle n’est ni justifiée, ni judicieuse, pour ce qui est du bâti ancien.
Pour simplifier, nous retiendrons qu’une telle dalle est trop épaisse, coûteuse, et qu’elle peut entraîner un surcroît d’humidité dans le pied des murs.

Utile précision : aucun DTU ne précise que l’ensemble du complexe décrit ici est indispensable à la bonne tenue de la construction, à celle des sols ou encore au bien-être des propriétaires...

Notons toutefois que l’analyse du sol, et l’analyse globale de la maison n’aboutissent pas aux mêmes conclusions :

* si on ne considère que la terre cuite, il serait préférable de mettre un plastique,
* si on considère l’ensemble de la construction, il est préférable de ne pas mettre de plastique.

Cet article ne se veut pas une règle générale applicable à toute construction ancienne. Il s’agit d’une base de réflexion pour l’adaptation des habitudes de construction contemporaine à l’habitat ancien (les DTU étant généralement applicables à celle-ci ; concernant l’habitat ancien, s’il n’est fait usage que de matériaux traditionnels, ils sont régis par les us et coutumes).

Tout d’abord, analysons une maison contemporaine sur terre plein, c’est le cas le plus proche de la plupart des constructions anciennes.

Maison contemporaine

Maison contemporaine

Maison ancienne

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Maison ancienne

Nous remarquons :

1.le système de coupure de capillarité se poursuit sous l’épaisseur du mur, ce qui est exceptionnel sur le bâti ancien ;
2.le sol intérieur est plus haut que le sol extérieur ; alors que, dans nos vieilles demeures, c’est souvent l’inverse ;
3.les fondations démarrent à environ 60 cm du sol extérieur, afin qu’elles soient hors gel ; elles sont souvent au niveau du sol, dans le bâti ancien.

La solution retenue pour le dallage est souvent la suivante :

Quelle est la fonction de chacun des éléments ?

1.Le hérisson (25 à 30 cm), s’il est correctement effectué, c’est-à-dire uniquement avec des matériaux de même granulométrie constitués de gros éléments, empêche la remontée d’eau par capillarité. Il doit être efficacement compacté.

2.La couche de sable (2 à 3 cm) évite la perforation du film de polyane, durant les travaux [note 1].

3. Le film de polyane empêche les remontées d’humidité (double emploi avec le hérisson).

4.L’isolant périphérique (1 m de large) évite le pont thermique sur le pourtour du bâtiment. Au centre, il n’y a pas ou peu de déperdition, tout au plus il y a accumulation de chaleur (inertie).

5.La dalle de béton, avec treillis. Elle répartit les charges d’exploitation. Sur le sol qui n’est pas forcément homogène, car peu ou mal compacté notamment en présence d’isolant sur la périphérie.

6.La couche de sable (1 cm) évite la fissuration du carrelage, en le désolidarisant de la dalle si celle-ci venait à travailler. Elle pourra être portée à 3 cm pour noyer les câbles électriques et canalisations.

7.La chape maigre. Elle sera d’autant plus épaisse que le carreau est irrégulier (grès étiré, terres cuites, pierres naturelles).

8.Le carrelage sert de surface d’usure, en apportant un aspect esthétique.
On arrive ici à une "hauteur" de 38 cm en moyenne.

Transposons dans le bâti ancien :

Dans le cas d’humidité, il convient de résoudre en priorité ce problème.

Nous avons vu que le hérisson n’est efficace que s’il est bien réalisé, c’est-à-dire sans éléments fins, d’une épaisseur suffisante, sans sable en couverture et très correctement compacté, ou réalisé avec un matériau incompressible (ex : gros galets roulés). Si toutes ces conditions sont réunies, et dans la mesure où cela ne nous amène pas à déchausser les fondations, on peut le conserver.

Par contre :

* En mettant un polyane en place, on va concentrer l’humidité sur la périphérie, vers les murs. Ces murs n’étant pas isolés par une coupure de capillarité, l’humidité sera alors plus forte en ce point déjà souvent critique.

* En l’éliminant, nous éliminons également la couche de sable de 2 à 3 cm, destinée à le protéger des perforations

*Les murs étant d’une largeur souvent supérieure à 65 cm, et le sol intérieur plus bas que l’extérieur, il n’existe pas ou peu de pont thermique, rendant donc discutable l’isolant périphérique.

*La dalle de béton est destinée à répartir les charges sur l’isolant, ou les parties mal compactées.
Les décennies d’usage ont généralement compacté les sols en terre battue, leur permettant de reprendre correctement les surcharges d’exploitation qui seront d’ailleurs souvent plus faibles que dans les utilisation précédentes. Cette dalle n’a donc plus raison d’être.
*la couche de sable de désolidarisation n’a plus raison d’être, elle non plus.

1 - drain éventuel (voir page sur le drainage)

2 - joint souple périphérique

3 - gravier pour rattraper les dénivelés

4 - chape maigre

5 - carreaux

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croquis n°3

En résumé, il suffira souvent, et notamment si la pièce ne présente pas de problèmes d’humidité :

1. d’égaliser le sol à l’aide d’un gravier de granulométrie concentrée 20/25, permettant éventuellement de noyer les divers réseaux (eau, électricité...) [note 2]

2.de réaliser le carrelage sur une chape de mortier maigre [note 3], voire sur terre comme cela a souvent été fait pour les carreaux de terre cuite, en désolidarisant le tour des murs par un matériau compressible.

Ceci nous permettra de conserver certains des avantages de la terre battue, et surtout évitera de creuser plus bas que le dessous de la fondation, mettant en cause la stabilité de l’édifice. Notons de surcroît que si des terrassements sont exécutés, ils ont pour but d’assécher l’édifice, et, par conséquence, de diminuer le taux d’humidité du sol sous la fondation, modifiant par là même sa cohésion, et entraînant au minimum un tassement. Si toutefois on tient à terrasser en dessous de la fondation, une reprise en sous-oeuvre, très onéreuse, est indispensable.

Notes :

[1] : si le hérisson fonctionne bien, le sable va se dessécher et s’infiltrer entre les pierres :

- l’humidité pourra à nouveau monter par capillarité,
- il y aura création d’un vide sous la dalle...

[2] : ce gravillon peut être remplacé par certains matériaux isolants peu sensibles à l’eau (ex : billes de verre argile expansé, dont il faut toutefois vérifier la tenue dans le temps en présence d’humidité, dans le cas où leur surface extérieure n’est pas suffisamment fermée) et ayant une bonne résistance mécanique à la compression.

[3] : préférer un carreau permettant à l’eau de migrer (ex : terre cuite), et une chape maigre (5 à 7 brouettes au sac) constituée d’un sable ayant peu de fines ; en effet, le liant sert juste à assurer la cohésion du sable, qui est lui-même incompressible. Cette chape maigre évitera également certaines fissurations sur le carreau lui-même.

http://www.tiez-breiz.org/


Voir en ligne : Association Tiez Breiz Maisons et paysages de Bretagne


Attention, les sacs de chaux sont certainement des sacs de 50 kg, et cette proposition constructive implique de mettre en oeuvre directement de revètement de sol (carrelage ou tommette).