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Isolation en terre-paille-chanvre

Un essai d’isolation économique

jeudi 2 février 2006

Devant isoler une toiture à moindre frais et ne souhaitant utiliser ni laine de roche, ni laine de verre, je me suis interrogé afin de savoir quoi mettre !

De nombreuses expériences avec des enduits de terre et ceux de chanvre m’ont amené aux constats suivants :
- La paille de chanvre reste un matériau relativement cher. Selon les différentes sources d’approvisionnement, cela va de 50 à 150 Euros le mètre cube.
- La chaux est un matériau intéressant. De plus en plus présente sur le marché, des choix s’imposent : qualité (aérienne, hydraulique, dolomitique), classe, prix, façilité d’approvisionnement, contraintes de mise en oeuvre. Peu d’interêt comme isolant thermique.
- La terre argileuse, très agréable à travailler, est un produit vraiment très bon marché puisqu’il suffit de se baisser pour la ramasser. Reste à connaitre sa teneur en argile, seule partie amenant de la cohésion. N’offrant pas non plus de qualités isolantes, elle a une bonne inertie.
- Bien que la paille de chanvre soit le produit le plus utilisé de nos jours comme fibre végétale isolante, elle n’est tout de même pas la seule ; Il y a aussi la balle d’avoine, le foin, la paille de blé ou d’autres céréales. Dans la mesure où tous ces produits sont de faible densité, ils ont des propriétés isolantes. Là, les plus grosses interrogations sont la façilité de mise en oeuvre et le coût. La paille de blé reste très bon marché, mais sa taille la rend difficile à utiliser. Ce problème peut être contourné par l’utilisation de la paille broyée qui sert dans les élevages de poules ou mieux encore celle donnée en complément de nourriture pour animaux à l’ensilage, car broyée plus finement. Aux alentours de 10 Euros la Tonne, le problème restera de savoir quel est le volume d’un big baller une fois décompacté (7 à 8 mètres cubes pour une balle de 400 kg).
- la plupart des différents produits d’isolation autres que les laines minérales disponibles aujourd’hui sur le marché ne rentrent pas dans le budget.

Il y a aussi le choix de la mise en oeuvre :
- Le choix d’un matériau posé en vrac est sûrement le plus logique au niveau de l’isolation car il permet de contourner la charpente et de bien calfeutrer tous les trous. mais commnt le maintenir en place durablement ?
- Telle que conçue actuellement, l’isolation est une solution pour lutter contre le froid, mais apporte-t-elle une bonne réponse contre la chaleur ? Les deux sont contradictoires, en effet il existe une corrélation entre densité et performance. Les isolants sont généralement légers, tandis que les matériaux lourds ont une bonne inertie. Un juste milieu ne serait-il pas un équilibre entre les deux ? c’est ce que tendent à montrer des études récentes.
- Un béton léger pourrait répondre à cela mais il est plus gourmand en main d’oeuvre. Comme c’est pour nos "devoirs de vacances", nous n’allons pas trop compter notre temps.

Après avoir réfléchi à tous ces points, il ne nous reste plus qu’à faire des choix. Pour ceux qui n’ont pas confiance en leur intuition, il y a la pièce de monnaie pour tirer à pile ou face, ou le pendule...
Pour ma part j’ai choisi de faire un mélange comportant :

1) de la paille de blé pour son faible coût. Ne la trouvant pas sur place finement broyée, j’ajouterai :
2) du chanvre pour améliorer la granulométrie et donc simplifier la mise en oeuvre. J’espère que cela augmentera aussi les performances.
3) de l’argile pour fixer tout cela. Je dispose d’une argile très pure qui va gonfler énormément en la mouillant.
4) un petit peu de chaux pour stabiliser plus rapidement mon argile et peut-être, qui sait, repousser les rongeurs.

La mise en oeuvre

La toiture ancienne se présente sous forme de rondins servant de chevrons. Bien sûr cela n’est pas droit. Un calage doit être exécuté pour recevoir le lambris qui servira lui-même de fond de coffrage. Hormis le redressement du toit, ce calage permet également de trouver l’épaisseur utile d’isolant, soit 20 cm. Le lambris est vissé sur le calage pour une meilleurs resistance. Un film goudronné micro-poreux (Type FelX) est intercalé entre les deux. Ila un rôle de coupe-vent et empêche la laitance de tacher le lambris. des petites lattes de bois seront glissées entre le lambris et le film pour favoriser le séchage en améliorant la ventilation.

Pour réaliser le mortier nous avons commencé par diluer dans un fût de 200 l., l’eau, la chaux et l’argile à l’aide d’un malaxeur à peinture. Les proportions étaient les suivantes : 7 volumes d’eau, 1 volume d’argile, 4 volumes de chaux. A titre expérimental, j’ai essayé plusieurs chaux aériennes avec toujours un petit pourcentage de chaux hydraulique ; l’ajout d’argile aurait pu suffire. Je n’ai pas constaté de différence notoire pour la mise en oeuvre. Pour les qualités du produit nous devront attendre, mais seul le démontage - que je n’envisage pas - nous donnerai une réponse. Ce mélange pouvait être préparé plusieurs jours à l’avance. Les 7 litres de barbotine ainsi obtenus sont ensuite introduits dans la bétonnière avec 5 l. d’eau, 12 l. de chanvre et 25 l. de paille grossièrement broyée.

Le mortier préparé de la veille est ensuite mis en place à l’avancement du lambris, environ par tranche de 0 à 60 cm. Un petit coffrage permettant de ménager un vide de 2 à 3 cm, entre mortier et volige est tiré à l’avancement. Le travail se fait en montant vers le faîtage. Il ne reste plus qu’à combler le dernière partie autour du faîtage ! Là c’est un peu la débrouille ! En l’occurrence ce sont de petits liteaux qui ont permis de tenir un carton servant de coffrage provisoire avant la pose quasi simultanée du lambris

Un Noël sous la neige nous a permi d’avoir un premier aperçu de résultats assez prometteurs.

http://www.tiez-breiz.org/


Source : Revue de l’association Tiez breiz n° 23, Avril 2004

Texte et schéma : Joseph Gourou